((g-d) Le président du Conseil européen Antonio Costa, le Premier ministre canadien Mark Carney et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen lors du 21e sommet UE-Canada, à Montréal, le 29 octobre 2026 au Canada ( POOL / Christopher Katsarov )
L'Union européenne et le Canada, dont les relations avec les États-Unis de Donald Trump sont houleuses, ont scellé vendredi l'alliance la plus étroite possible entre un pays non européen et les 27, passant par une coopération accrue dans plusieurs domaines stratégiques comme les minerais critiques ou l'intelligence artificielle.
Symbole fort, le Canada a par ailleurs décidé de participer au prêt de 90 milliards d'euros accordé par l'UE à l'Ukraine en apportant 500 millions d'euros.
Dans un monde "plus dangereux et divisé", où le commerce est utilisé comme "une arme", le Canada et l'UE forgent une alliance fondée sur le "respect mutuel", destinée à défendre ensemble leur "souveraineté" dans un monde dominé par les États-Unis et la Chine, a dit le Premier ministre canadien Mark Carney devant la presse.
L'UE et le Canada - déjà liés depuis dix ans par un traité de libre-échange, le CETA - ont accéléré leur rapprochement depuis le retour au pouvoir début 2025 du président américain Donald Trump, avec qui leurs relations sont houleuses.
Mais ce sommet de deux jours organisé à Montréal leur a permis d'aller beaucoup plus loin en bâtissant l'association "la plus étroite, profonde et unique" de l'UE avec un pays non-européen, a déclaré le président du Conseil européen Antonio Costa.
Malgré la controverse sémantique au sein de l'UE, Mark Carney et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen ont répété à plusieurs reprises que cette alliance allait faire du Canada le "premier membre associé" de l'UE.
Ce concept, non prévu par les traités européens, a provoqué des remous parmi les 27 et un groupe de pays mené par l'Allemagne est parvenu à le faire retirer de la déclaration finale publiée à l'issue du sommet.
Union dans l'IA
Au-delà du débat sur l'appellation à donner à ce rapprochement, les trois dirigeants ont insisté sur le contenu.
L'UE et le Canada ont ainsi signé une série d'accords pour étendre leur coopération à plusieurs secteurs stratégiques, de l'intelligence artificielle aux minerais critiques.
Le sous-sol canadien regorge en effet de ces minerais dont l'industrie européenne, dépendante de la Chine, a un besoin vital, notamment pour fabriquer des batteries de voitures électriques ou des éoliennes. La Banque européenne d'investissement (BEI) pourra désormais financer certains de ses projets.
L'UE et le Canada vont aussi travailler ensemble sur l'IA afin de tenter de défendre leur souveraineté technologique face à la domination des États-Unis et de la Chine.
Le Premier ministre canadien Mark Carney et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen lors du 21e sommet UE-Canada, à Montréal, le 29 octobre 2026 au Canada ( POOL / Christopher Katsarov )
Concrètement, le Canada aura accès à l'infrastructure européenne de supercalculateurs de pointe.
Au lieu de développer des modèles chacun de leur côté, Canadiens et Européens pourront "co-développer", ce qui sera "plus efficace", a détaillé Mark Carney qui avait annoncé jeudi un investissement d'un milliard d'euros de l'Etat canadien dans l'entreprise d'IA Cohere, alliée avec l'allemand Aleph Alpha.
Une alliance "contre personne"
D'autres accords ont été dévoilés sur le commerce numérique, permettant des transactions en ligne plus rapides et moins coûteuses, ou sur la future intégration du Canada au programme européen Galileo, un système de navigation par satellite qui offre une alternative au système américain GPS, ou Erasmus, dispositif européen de mobilité des jeunes qui permet notamment à des étudiants de passer un semestre à l'étranger.
La ministre canadienne des Affaires étrangères, Anita Anand (d), et la vice-présidente de la Commission européenne, Kaja Kallas après la signature de l’accord entre l’UE et le Canada lors du 21e sommet UE-Canada à Montréal, le 29 octobre 2026 ( POOL / Christinne Muschi )
Le renforcement du partenariat entre l'UE et le Canada passe aussi par un alignement de leurs politiques en matière d'IA ou de climat et par un cadre de coopération politique régulier. La Commission et le gouvernement canadien se réuniront ainsi en mars au Canada tandis que M. Carney participera au sommet européen du mois de juin.
Au-delà de leur rapprochement, les deux partenaires ont jeté les bases d'une "Alliance pour l'Avenir" pouvant être ouverte à d'autres alliés fiables comme le Japon, la Corée du Sud ou l'Australie afin de se coordonner en matière économique et douanière dans un monde chamboulé par les surtaxes de Donald Trump.
Le président américain avait clairement exprimé en septembre son opposition à l'alliance UE-Canada, la qualifiant "d'acte hostile". "Pour être tout à fait claire, ce partenariat n'est contre personne", a assuré Ursula von der Leyen.

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